Il est LA référence mondiale de
la contrebasse. Christian
McBride est à son instrument ce que Miles Davis
était à la trompette, un Maître.
Il a accompagbé les plus grands
et est depuis quelques temps le co-directeur du Musée National du
Jazz à Harlem.
Dans ce
superbe album, ça
swing,
ça chante et
ça jazz
!
Extrait du très bel article paru dans le journal suisse Le
Temps :
Le
jazz,
que voulez-vous, est une famille, que
certains pour cette raison précise
haïssent. Décréter
toutes les trente secondes sa dissolution
imminente dans le magma indifférencié d’une world
music anonyme est
devenu un tic
journalistique. Une
famille, même et surtout privée de
ses ancêtres, ça trouve
mille ruses pour s’inventer des retrouvailles où
ajuster le présent, sans en sacrifier la dynamique, aux
flamboiements du souvenir. De cette palingénésie jubilatoire,
Christian McBride offre l’image peut-être la plus
sidérante par l’ampleur de ses références à la culture
familiale du jazz.
Pour faire
vite, il rappelle, par sa posture autoritaire, gros son en avant et
souplesse de félin, la robustesse déliée de Ray Brown, et, par
l’élégance naturelle avec laquelle il se jette dans toutes
sortes d’aventures pas toujours préméditées, le
cosmopolitisme stylistique de Ron Carter. Soit deux figures de
géniteurs auxquelles il faudrait ajouter la ribambelle de cousins,
demi-frères, oncles et tuteurs qui squattent son imaginaire. Un
homme au centre – de son temps, du jazz dans sa dimension
historique, des débordements possibles vers d’autres musiques
– parfaitement qualifié pour dialoguer avec la douzaine
d’interlocuteurs sans dénominateur commun qu’il
s’est choisis pour son dernier projet.
Carte de
visite? Plutôt que d’étaler avec complaisance ce qu’il
sait faire les yeux fermés, il se place, dans plusieurs de ces
duos, aux limites de ce qu’il maîtrise, histoire d’être
au clair sur ce qui l’attire dans la gamme des déclinaisons
possibles du jazz au XXIe siècle. Cela peut aller de
l’Afrique, magnifiée par une Angelique Kidjo à la gouaille
écorchée, à une incursion décomplexée chez ce Bach dont la
violoniste Regina Carter bouscule l’apollinienne géométrie
par d’incongrus clins d’œil à Stuff Smith. Son
face-à-face avec Dee Dee Bridgewater tourne, lui, à l’épique.
Parce que, «bigger than life», la contrebasse de McBride est une
force de la nature qui lui permet, sur une de ces trames explosives
à la James Brown, de jouer à elle toute seule le rôle de la section
rythmique et des souffleurs du Godfather of Soul. C’est une
Dee Dee déchaînée mais toujours juste qu’il révèle ou
réveille ici, loin de cette outrance gratuite qui crée la gêne
jusque chez ses admirateurs. En Sting aussi, mais par
d’autres détours, il ressuscite le chanteur majeur
qu’il a parfois oublié d’être. Pour ceux qui
n’auraient pas pris la mesure de ses capacités
d’adaptation, McBride se fait soudain paroi rocheuse pour
permettre au nonagénaire Hank Jones de descendre en rappel, bel
exploit, le pic faussement rassurant d’«Alone
Together».
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